Catana 471 "Dreamweaver"

L’Atlantique Sud, du Cap à Grenade avec le catamaran Dreamweaver.

Article Actualités Nautiques le 19 Février 2017 publié par Vincent Chirié

L’Atlantique Sud, du Cap à Grenade - Part I.

10 Janvier 2017 : après deux mois passés en Afrique du Sud, nous franchissons les ponts levis de la marina de V&A Waterfront pour le début de notre traversée retour sur la Méditerranée – environ 10.000 milles, qui nous conduira à Sainte-Hélène, Ascension, le Brésil, et les Antilles, avant la traversée sur les Açores et Gibraltar. La remontée de l’Atlantique Sud est supposée être une des navigations les plus tranquilles. Nous verrons bien, après avoir été échaudés par l’Océan Indien depuis notre départ des Maldives huit mois plus tôt.
Nous apercevons nos dernières baleines du Cap, dauphins et otaries en passant Robben Island, où Nelson Mendela et tant d’autres furent emprisonnés au temps de l’apartheid.

 
 

Après le passage du dernier front et ses vents de Nord-Ouest, nous retrouvons l’alizé de Sud Est, encore fort dans la région du Cap. Vent de SSE, 15-30 nœuds, parfois 35 nœuds. Les températures remontent, notamment celle de l’eau de mer qui passe en quelques jours de 12° à 22°, bien que nous soyons encore sous l'influence du courant froid de Benguela qui remonte de l'Antarctique jusqu'à la latitude de 20° environ. En fait, la température peut être plus fraîche pendant l’été austral que durant l'hiver, l'eau froide de la fonte des glaces étant poussée vers le Nord.
Nous passons à la longitude de Sète, port de départ de notre tour du monde. Mais il faudra attendre les Antilles pour croiser notre route d’il y a 5 ans.

Après dix jours de mer, nous arrivons en début de nuit à Sainte-Hélène, et nous amarrons sur une des 25 bouées permanentes installées il y a quelques années. Chacune peut supporter un bateau de 40 tonnes ou 18 m de long. Elles sont toutes fixées à un maillage de chaines ancrées sur le fond sur près de 10 hectares.

Un ferry boat (véridique) fait la navette entre la zone de mouillage et le quai de Jamestown, 12 heures par jour et 365 jours par an, sauf sans doute les rares jours de tempête.

Environ 4.000 habitants résident sur l’île. Téléphone portable et internet ne sont disponibles que depuis quelques années. En attendant l’ouverture du nouvel aéroport (qui a couté plus de 15 fois le montant de la subvention annuelle versée à l’île par le Royaume-Uni, et toujours pas ouvert, le premier gros porteur ayant atterri ayant fait mention de forts cisaillements dans la dernière phase d’atterrissage !), l’île est desservie uniquement par le RMS St-Helena (un des derniers Royal Mail Ship), qui mouille devant Jamestown toutes les trois semaines.

 
 

Les classiques : visite de la maison où résida et mourut Napoléon, et de sa tombe. Il y a un consul honoraire de France résidant à Jamestown, dont la principale occupation est sans doute de gérer ce patrimoine. Randonnée à Diana’s Peak, sommet de l’île. Et bien sûr, nager avec les requins–baleines, monstres inoffensifs dont la taille peut atteindre 18 mètres.

 
 

Ayant profité une semaine de cette escale paisible et hors du temps, nous repartons en direction de l’île d’Ascension, autre confettis des territoires d’outremer britanniques, situé à mi-distance de l’Angola et du Brésil. Le trois-mâts école norvégien Sorlandet, arrivé quelques jours plus tôt en provenance du Cap, part en même temps que nous à destination de Fortaleza.
Encore sous le vent de l’île, nous en profitons pour effectuer un prélèvement de plancton dans le cadre du programme Plankton Planet géré par le CNRS de Roscoff.

Les journées de navigation se succèdent, bercées par l’alizé de Sud-Est qui souffle entre 12 et 18 nœuds. Nous parcourons 120 à 130 milles chaque jour, mais ne sommes pas pressés … Mercure et Vénus apparaissent haut dans le ciel dès que le soleil disparaît derrière l’horizon, la Grande Ourse se lève à l’Est dans la nuit, les poissons-volant s’échouent sur le pont, quelques oiseaux curieux (paille-en-queue, pétrels, sternes, frégates d’Ascension, fous bruns, fous masqués, fous à pied rouge, …) viennent parfois jeter un coup d’œil puis disparaissent, petits plaisirs d’une traversée calme et sans histoire. Comme durant la plupart de nos traversées, nous ne croisons quasiment aucun navire, à l’exception du RMS St-Helena qui effectue sa rotation mensuelle entre Jamestown et Georgetown.
Après cinq jours de navigation, nous arrivons en vue de l’île d’Ascension, sommet d‘un volcan sorti des abysses (voir aussi un précédent article sur l'île).
A l’approche du mouillage de Georgetown, nous croisons des dizaines de tortue vertes de plus d’un mètre de circonférence. Certaines s’accouplent en surface.
Le mouillage, bien que sous le vent de l’île, est venté et clapoteux.

Le débarquement sur les marches du quai est parfois impossible quand une forte houle atteint les côtes de l’île. Les formalités accomplies rapidement, une session internet (15 euros de l’heure …), quelques achats de produits frais (le RMS St. Helena n’est reparti que depuis deux jours) et nous rejoignons le quai, où les pêcheurs nettoient leurs prises du jour. Nous repartons avec deux filets de mahi-mahi (dorade coryphène) et de thon …
Le lendemain, nous débarquons au lever du jour et marchons jusqu’à Long Beach, où les dernières tortues qui viennent de pondre rejoignent péniblement la mer.

Petit tour de l’île en land-rover organisé par le conservatoire du parc. Arrêt sur les hauteurs de Mars Bay, zone de ponte des colonies de sternes fuligineuses. Jusqu’à 500.000 individus viennent y déposer leur œuf chaque année.

 
 
 

Tortues vertes : de la découverte de l’île en 1501 jusqu’au début du XXème siècle, les tortues furent un mets de choix pour le ravitaillement des grands voiliers descendant au Cap de Bonne Espérance ou lors le leur traversée retour vers l’Europe. Classées comme espèces en danger par la convention CITES, elles abondent à nouveau (4.000 individus) sur les côtes de l’île d’Ascension de Novembre à Avril. Ces tortues géantes traversent des côtes d’Amérique du Sud, où elles trouvent leur nourriture, jusqu’à Ascension tous les 3 ou 4 ans. Au cours de ce long voyage et de leur séjour de 3 à 4 mois dans les eaux de l’île, ces tortues herbivores doivent jeûner. A partir de l’âge de 35 ans, les femelles reviennent pondre sur la plage où elles virent le jour. La nuit, elles remontent la plage pour creuser un nid dans le sable, dans lequel elles pondent une centaine d’œufs. Chaque tortue peut pondre jusqu’à six fois avant de reprendre leur voyage retour de 5 à 6 semaines pour le Brésil. Faites le compte , cela fait plusieurs millions d’œufs, dont seules quelques milliers de jeunes tortues survivront à leurs prédateurs (crabes, frégates, requins, etc..).

 

 
 

 

Formalités d’entrée à Sainte-Hélène et Ascension : une assurance frais médicaux et rapatriement sanitaire est requise. De fait, les autorités se sont montrées satisfaites de l’attestation (en anglais) rapatriement sanitaire April International fournie par ANP. Dans le pire des cas, une assurance peut-être achetée sur place pour la durée du séjour. Il est en sus indispensable d’envoyer au gouvernement d’Ascension avant le départ de Sainte-Hélène, une Entry Permit Application. Le formulaire est disponible auprès des services de l’immigration de Sainte-Hélène et peut être envoyé par fax par le bureau de Sure (ex-Cable and Wireless) situé juste après l’hôtel Consulate.
Départ d’Ascension au petit matin. Mer belle, grand soleil, brise ESE 13-18 nœuds. Nous envoyons le spi, chose rare.

Nous avions prévu de nous arrêter à l’archipel de Fernando de Noronha, parc national situé à 200 milles au Nord-Est de Natal, dont la réputation n’est plus à faire : eaux cristallines, tortues, dauphins par centaines. C’est une escale évidente pour les voiliers qui font la traversée directe entre Sainte-Hélène et Trinidad, Grenade ou La Barbade, et qui ne souhaitent pas s’arrêter sur le continent. Mais les taxes de mouillage (80 dollars par jour) et droits d’entrée (20 dollars par jour et par personne) deviennent chaque année de plus en plus prohibitifs, auxquels s’ajoutent encore les droits d’accès aux plus belles plages , etc… Sans compter que le mouillage peut-être intenable par forte houle de Nord ou alizé soutenu. Nous aurons encore l’occasion de découvrir d’autres mouillages paradisiaques et moins onéreux.
Finalement le vent est plus soutenu que ne le laissait entendre les prévisions, et le 15 Février au matin, nous atteignons donc l’embouchure du rio Paraiba, à Cabedelo, le port le plus oriental du continent américain.

Nous voici amarrés à la marina de Jacaré, sur le rio Paraiba.

 

 
 

 

Quelques chiffres :
. Le Cap – Sainte Hélène : 1.700 milles, 10 ½ jours
. Sainte Hélène – Ascension : 700 milles, 5 ½ jours
. Ascension – Cabedelo (Brésil) : 1.215 milles, 7 jours

Bateau : Catana 471

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