Catana 471 "Dreamweaver"

Du rêve à la réalité : histoire d'un tour du monde en catamaran

forumdubateau.com

Qui n' a pas rêvé un jour de lâcher prise et de partir pour une grande aventure sillonner les mers du globe en bateau ?

Nous avons rencontré au fil d'une de ses escales Vincent Chirié qui est parti de Méditerranée avec Dominique Finat en 2012 à bord de son catamaran Dreamweaver et qui après avoir traversé l'Atlantique, le Pacifique, se trouve maintenant dans l'océan indien à La Réunion, avant d'effectuer une remontée vers la Méditerranée via l'Afrique du Sud, le Brésil, les Antilles et les Açores.
Arrivée prévue, été 2017.

Dreamweaver

Vincent, En 2012 vous avez décidé de partir faire le tour du monde en bateau.
Quel était votre passé de marin avant d’envisager cette aventure.

J'ai commencé à naviguer à l'âge de 12 ans, aux Scouts marins. Ecole difficile (baleinières grées en ketch) , mais formatrice. J'ai ensuite passé mon Permis B à 18 ans (équivalent au permis plaisance extension hauturière), ai navigué deux mois en Muscadet entre Marseille et la Sicile grâce à mes amis Laurent et Claire, puis eu la chance d'être skipper deux ou trois saisons sur des voiliers de location en Méditerranée. A l'époque, nous n'avions quasiment aucune électronique et bien sur ni GPS , ni cartes électroniques, et l'expérience acquise ne s'oublie pas. Malheureusement, les contraintes familiales et professionnelles ne m'ont pas permises de naviguer beaucoup au cours des 30 années suivantes. En 2010, le convoyage d'un turbo 9.50 de Bretagne à Sète a été la piqûre de rappel fatale. Par contre ma compagne actuelle, prof d'EPS, a continuée à pratiquer sur son First 300 Spirit basé à La Seyne-sur-mer.

Il faut une bonne motivation pour franchir le pas. Quelle était la votre ?
Ayant eu la chance de prendre ma retraite à 50 ans après la vente de mon entreprise,  j'ai compris que je pouvais enfin réaliser un rêve de jeunesse, inspiré par les circumnavigations, au combien plus méritoires,  de Tabarly, Moitessier, les 'Damien', Antoine et tant d'autres. Mon premier objectif fut de faire en solitaire la boucle Méditerranée-Canaries-Antilles-Acores-Gibraltar au cours de la saison 2011-2012.  Inconscience ? Je ne crois pas ... si l'on pense à tout ce qui pourrait arriver, on reste au lit ! De retour, il ne restait plus que l'option de repartir pour la grande boucle autour du monde. Et par chance, je venais faire la connaissance de Domie, qui a accepté de me suivre et que je remercie tous les jours, pour nous avoir permis de réaliser ce projet et les moments de bonheur partagés.  Et je crois que nos enfants sont fiers de nous voir réaliser nos rêves ...

Votre choix s’est porté sur un catamaran Catana 471. Pourquoi ce modèle particulièrement ?
Après le convoyage du Turbo 9.50, je me suis dit : "Plus jamais un monocoque, à ramper sur les planchers pour enfiler son ciré !". Antoine en a été convaincu avant moi ! Stabilité, vitesse, facilité de manœuvre, confort, il n'y aucun doute que le catamaran reste le meilleur choix pour un programme de croisière autour du monde par la route des alizés, en solitaire, en couple ou en famille. Le Catana 471 est par ailleurs un voilier qui a fait ses preuves depuis longtemps et reste indémodable, et qui peut être facilement mené en solitaire ou en couple.  En ce qui concerne la taille, que ce soit pour un monocoque ou un catamaran, 45 pieds (13.50 m) me semble, aujourd'hui,  le minimum en termes de sécurité et de confort. C'est aujourd'hui à peu près la taille moyenne des voiliers qui font ces dernières annéeû escale à Horta aux Açores, lors de la transat retour. Le profil des navigateurs a sans doute également changé. Mais à chacun ses gouts et son budget.

Comment vous êtes vous préparé à l’aventure ?
J'étais, bien sûr , motivé.  Je me suis fait la main lors de deux traversées aller-retour sur la Corse  en Juin et Juillet 2011, dont une en solitaire. Puis la Route du Jasmin (La Seyne-sur-mer - Tunisie) pour passer du temps avec ma fille Florence et mieux connaître le bateau. Enfin, Alain Hamel, le broker qui m'a vendu Dreamweaver, ainsi que Pascal Cantiran de BMS à Canet-en- Roussillon ont tous deux été d'une aide inestimable pour la prise en main du bateau et de ses systèmes. Alain m'a d'ailleurs accompagné jusqu'aux Canaries avant ma première transat. 
Il a fallu également que je me mette à jour sur les dernières techniques en termes de navigation et d'acquisition des fichiers météo au large (Maxsea, Iridium, etc..).

Le bateau a-t-il fait l’objet d’une préparation particulière ?
Sans aucun doute. Rien de structurel, le Catana 471 étant construit pour un tel programme. Mais beaucoup d'investissements en termes de renouvellement des équipements : l'ancien propriétaire avait déjà, en 2010, installé 1.200 W de panneaux solaires, un nouveau désalinisateur (que j'ai quand même du remplacer récemment en Thaïlande), un haubanage neuf, etc ... . J'ai en sus installé en 2012 de  nouveaux moteurs Volvo D2-55 (j'ai noyé un des précédents moteurs Yanmar lors de la traversée République Dominicaine - Acores), une nouvelle électronique Raymarine (l'électronique B&G d'origine - 2000 - étant vieillissante), réas de ponts (sous-dimensionnés) , un Iridium (indispensable si ce n'est vital pour charger les fichiers et prévisions météo et garder contact avec la terre en cas d'urgence), remplacé le gréement courant, la chaîne d'ancre, acheté deux jeux de voiles en dacron, et j'en oublie.  Le peu de choses que je n'ai pas vérifié a lâché plus tard, notamment le guindeau, ainsi que  les mèches de safran que j'ai du remplacer en Nouvelle-Zélande après l'apparition d'une corrosion avancée au niveau des pelles. Je remercie également mon frère Guillaume du chantier Navi-Bois à Sète, qui a réalisé tous ses travaux avec un grand professionnalism

On dit que le passage du canal de Panama est souvent le point ultime d’hésitation avant de s’aventurer dans le Pacifique.  Avez-vous ressenti cette hésitation vous aussi ?
Bien sur, mais pas longtemps !  Par contre , nous perdons petit à petit de vue la plupart des voiliers  navigant sous pavillon français que nous avons rencontrés en cours de route. Beaucoup s'arrêtent et vendent leur voilier en Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Nouvelle -Zélande ou Malaisie et Thaïlande.  Ados à scolariser,  parfois  lassitude d'une vie à bord loin de l'idée qu'on s'en faisait.

La traversée de l'Océan Indien du Nord au Sud, avant le grand détour par l'Afrique du Sud  , est également un point de questionnement, sachant que d'autres options sont possibles : vendre le bateau, le charger sur un cargo pour la Méditerranée, ou passer par la Mer Rouge et le canal de Suez ... Mais nous n'avons pas retenu cette dernière option, bien qu'il semblerait qu'une dizaine de voiliers aient pris cette route cette année sans rencontrer de problèmes (à confirmer).
Par contre , quelques rares voiliers restent aussi dans le Pacifique, conscient que c'est aujourd'hui la dernière région de la planète à l'abri des vicissitudes du monde. 

 

Quelle a été la plus longue durée en mer d’un point à un autre entre deux étapes ?
14 jours en solitaire de Samana (République Dominicaine) à Horta aux Açores, soit 2.500 milles à 7.5 nœuds de moyenne. Puis 18 jours entre les Galagapagos et Hiva Hoa aux Marquises (près de 3.000 milles). Après quelques jours, le rythme s'installe et on est presque surpris d'arriver (si tout s'est bien passé !!)

Depuis presque 4 ans de navigation à travers le globe, quel est votre meilleur souvenir ?
Des moments de grande émotion : l'arrivée en solitaire à La Barbade, le passage du canal de Panama, l'arrivée à Bora Bora, île mythique s'il en est , bien que sa réputation soit aujourd'hui largement surfaite du fait de l'arrivée du tourisme de masse, l'Indonésie des îles Molluques à Kalimantan, avec l'accueil inoubliable des villageois.

Et la question connexe, votre pire souvenir.
Les Maldives : très peu de mouillages protégés, la plupart exposés et dangereux dès qu'un grain se lève, sans compter les orages et éclairs, les trombes, etc.. C'est  un désert, partagé entre les hôtels de luxe inaccessibles et les villages musulmans endormis sous la chaleur et la férule de la dictature au pouvoir.  A éviter ?

Et ensuite la traversée des Maldives à Rodrigues, au cours de laquelle nous avons vécu deux nuits très difficiles avec des vents de travers établis à 40 noeuds et rafales à 55 noeuds.
Une anecdote ?
collision avec une baleine entre la Nouvelle-Calédonie et l'Australie. Heureusement , le seul dommage fut une dérive abîmée, que nous avons du toutefois remplacer. Ce genre de collision est malheureusement assez fréquent, et peut causer pas mal de dégâts (étrave défoncée, sail drive ou safran arraché, si ce n'est pire)
 
 
Quelles sont les choses les plus compliquées à gérer dans ce type de périple ?
La météo bien sûr ... La vitesse du vent indiquée par les fichiers grib depuis que nous avons quitté la Polynésie est inférieure de 2 à 2.5 fois à la réalité, d'où des traversées bien plus sportives que ceux à quoi nous pouvions nous attendre (ce fut le cas des traversées Fiji-Nouvelle Zélande-Nouvelle Calédonie-Australie et Maldives-Rodrigues) . Nous n'avons pas hésité à modifier notre programme quand les conditions devenaient trop dures ou incertaines, et avons choisi  de passer les îles Gambier dans le Pacifique, puis l'archipel des Chagos dans l'Océan Indien. 
En ce qui concerne le facteur humain, nous sommes en ligne avec ma compagne, et ne souhaitons pas prendre d'équipiers pour les grandes traversées, équipiers que  nous devrions gérer par gros temps.
les formalités d'entrée dans certains pays sont parfois complexes (Australie, Indonésie, ...), mais le site Noonsite , une mine d'informations fiables et précieuses pour les "tourdumondistes",  fournit toutes les informations nécessaires pour ne pas être pris de cours. A savoir que l'on peut , par exemple, se retrouver en prison, ou tout au moins payer une lourde amende, en Australie si l'on ne prévient pas de son arrivé au moins 96 heures à l'avance.
Et enfin les assurances: bateau, santé, etc....
 
Vous me disiez tout à l'heure que pendant votre voyage vous avez souhaité participer à des projets humanitaires scientifiques et écologiques.
Tout au long de notre voyage, nous avons souhaité saisir les  opportunités de soutenir  quelques projets aussi variés que :
 * transport de livres à Kafoutine en Casamance pour l'association Kafosaze
 * transport et mise à l'eau d'une balise Argo au sud des Canaries . Presque quatre ans après et 140 cycles, la balise dérive toujours et continue à émettre (programme Coriolis)

 * Plankton Planet : programme collaboratif de prélèvement d'échantillons de plancton (projet Plankton Planet, dans la continuité de la première expédition Tara)

 * dons d'une centaine de livres à l'Alliance Française de Rodrigues, cela permet d'alléger Dreamweaver par la même occasion.

 
Vous allez naviguer encore un an avant de rentrer en méditerranée, envisagez-vous de retourner vivre à terre ou de continuer à vivre à bord d’un bateau au terme du voyage ?
Nous avons eu la chance de pouvoir rentrer en France chaque année , voir nos vieux parents et nos enfants. Mais il sera difficile de redevenir définitivement terrien et nous pensons (re)découvrir la Méditerranée tranquillement... En tout état de cause, cela restera une expérience inoubliable !
 
Le blog de DREAMWEAVER est une véritable encyclopédie regroupant plusieurs centaines de photos classées et répertoriées.
Vincent Chirié y a consigné une multitude de renseignements, cartes, conseils à la disposition des navigateurs croisant dans ces régions du monde.
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